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quelle méthode pour former les adultes ?

quelle méthode pour former les adultes ?

Au début de ma carrière de formateur enseignant, je faisais de l’enseignement et de la formation en utilisant les procédés que j’avais en tête. Ce que subsistait dans mes mémoires étaient les traces des vieilles images de mes multiples professeurs et formateurs. J’ai mis trois ans à prendre conscience que je me fourvoyais.


Un rapide calcul m’a permis d’évaluer approximativement le nombre d’enseignants qui ont traversé ma vie d’apprenant. Ils sont un peu plus de 80 et seulement trois me restent en mémoire. Pourquoi eux sont restés dans mes souvenirs et pas les autres ?

Trois sur quatre-vingts représente 3.75% dont j’ai réellement conservé des souvenirs positifs, étroitement liée à leur personnalité et fatalement à leur manière d’enseigner. Naturellement, ce résultat brutal ne peut pas être valide, si je dissocie ma personnalité et l’interaction que j’ai pu produire avec eux. Pour d’autres apprenants, ce score sera plus élevé et le souvenir ne portera pas sur les mêmes enseignants.
Il existe donc une part irrationnelle qui crée une relation invisible entre un enseignant et ses apprenants.
Lorsqu’il y a trente ans j’ai commencé enseigner, en faisant de la formation pour les adultes, il m’a fallu trois longues années pour que je prenne conscience que ma posture était inadaptée.
A cette époque j’ennuyais autant mes étudiants que les adultes en reconversion. Pourtant, en 1996 le formalisme académique était encore très prégnant. Mais au-delà d’ennuyer les autres, je m’ennuyais moi-même au travers de ma propre pratique ! Je ne reproduisais pas ce qui m’avait plu chez les trois enseignants, mais au contraire j’appliquais scrupuleusement tout ce qui m’avait déplus et empêché de m’épanouir chez les soixante dix-sept autres.
Oserais-je dire qu’il s’agit d’un conditionnement éducatif ?
J’ai cherché à comprendre ce qui dysfonctionnait, et je dois dire que j’ai été récompensé par hasard, lorsque j’ai lu Edgar Morin. J’ai d’ailleurs une dette pédagogique envers lui. Sa transdisciplinarité pédagogique m’a ouvert l’horizon de la mise en relation des matières enseignées et de la liberté de s’affranchir de la doctrine éducative en silos.
J’ai donc commencé à faire différemment. A mon rythme j’ai commencé à associer diverses disciplines pour enseigner l’économie, et le marketing. Puis j’ai tenté l’expérience de la critique radicale de mes disciplines afin d’ouvrir les esprits à cet art de la critique constructive qui développe l’indépendance d’esprit, et enfin, comme un cadeau unique : l’absence de notation. Enfin, j’ai donné la liberté de se déplacer dans l’amphi ou dans la salle de cours.
Dans mes souvenirs, je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre. Ne plus noter, ne plus imposer de partiels, ne plus faire des examens de fin d’année, critiquer ce que j’enseigne en ne projetant pas sur mes étudiants un savoir orienté allait transformer en profondeur la relation qu’ils entretenaient avec la matière enseignée. Incroyable expérience !
A la fin de mon cycle de cours en économie, la cinquantaine d’étudiants me fit une « standing ovation« .
Que penser de cela ?
J’ose dire qu’à partir du moment où la peur des examens était enlevée, les esprits devenaient disponibles, comme poreux à la matière, et l’intérêt était détourné vers l‘intégration durable d’un savoir et non vers un bachotage aussi éphémère que fondamentalement inutile.

A la question « quelle méthode pour former les adultes ? » je dis que la déculpabilisation cognitive est un puissant levier pour la mémoire. La méthode se déroule sur plusieurs niveaux d’apprentissages interdépendants. Chaque élément nourrit les autres, de la critique à l’absence de note en passant par la transdisciplinarité. Il se produit une détente autant physique que cognitive, comme une souplesse de l’esprit qui, en ne craignant pas la sanction, libère du plaisir en lieu et place de l’inquiétude de la note.

Patrick LOUART